Vous êtes fatigués, vous perdez du poids, des muscles et de la force ? Vous êtes peut-être dénutrie, et contrairement aux idées reçues cette maladie peut aussi toucher des personnes en surpoids, obèses, jeunes, en bonne santé… Alors comment savoir ? Comment poser le diagnostic ? Et surtout comment y remédier ?
Qu’est ce que la dénutrition
La dénutrition correspond à un bilan énergétique et/ou protéique négatif à cause :
- D’apports énergétiques et/ou protéiques diminués du fait d’une perte d’appétit, d’anorexie, de maladie, de médicaments, de troubles bucco-dentaires, de troubles cognitifs, d’isolement social, de difficultés financières…
- De dépenses/pertes énergétiques et/ou protéiques augmentées du fait d’hypercatabolisme, d’état inflammatoire, de pathologies, d’excès d’activité physique…
La dénutrition aura alors pour conséquences sur la santé : une baisse d’immunité, une perte de masse musculaire, une augmentation des risques de chute et donc de fractures, d’un arrêt de la croissance chez l’enfant, d’une baisse de moral, d’une aggravation du pronostic vital.
Très souvent cette maladie est insuffisamment dépistée car souvent minimisée et plutôt envisagée comme un symptôme lié à l’âge ou à une pathologie. Elle est donc rarement prise en charge. Certaines situations à risques doivent-être surveillé : personnes âgées en perte d’autonomie et/ou de moyens, patients atteints de maladie chronique (cancer, MICI, Alzheimer, Sida), personne en situation d’obésité sarcopénique, enfant atteint d’une pathologie, enfant qui ne grandit plus et/ou qui ne grossit plus, personnes en situation d’addictions, personnes en situation de grandes pauvretés…
Comment dépister la dénutrition
Pour poser un diagnostic de dénutrition il suffit de repérer au moins un critère étiologique (cause d’une maladie) associé à au moins un critère phénotypique (caractères observables, apparents d’un individu).
Les critères étiologiques sont les suivants :
- Réduction de la prise alimentaire (moitié moins que la quantité habituelle pendant 1 semaine ou toute réduction pendant plus de 2 semaines).
- Diminution de l’absorption digestive.
- Pathologie aiguë, chronique évolutive ou maligne évolutive.
Les critères phénotypiques sont les suivants :
- Perte de poids (plus de 5% en 1 mois ou 10% en 6 mois ou 10% par rapport au poids habituel avant le début de la maladie).
- De 18 à 69 ans un IMC inférieur à 18,5, après 70 ans un IMC inférieur à 22.
- De 18 à 69 ans diminution de la masse ou de la fonction musculaire, après 70 ans une sarcopénie confirmée.
Dans le cas particulier de la personne obèse, l’IMC ne doit pas être pris en compte.
Le diagnostic pourra alors être passée vers :
- Une dénutrition modérée :
- Perte de poids (entre 5% et 10% en 1 mois ou entre 10% et 15% en 6 mois ou entre 10% et 15% par rapport au poids habituel avant le début de la maladie).
- De 18 à 69 ans un IMC entre 17 et 18,5, après 70 ans un IMC entre 20 et 22.
- De 18 à 69 ans une albuminurie (taux d’albumine, protéine de transport, dans le sang) entre 30g/L et 25g/L, après 70 ans supérieure ou égal à 30g/L.
- Une dénutrition sévère :
- Perte de poids supérieure à 10% en 1 mois ou supérieure à 15% en 6 mois ou supérieure 15% par rapport au poids habituel avant le début de la maladie.
- De 18 à 69 ans un IMC inférieure à 17, après 70 ans un IMC inférieur à 20.
- De 18 à 69 ans une albuminurie inférieure ou égale à 30g/L et 25g/L, après 70 ans inférieure à 30g/L.
L’albuminurie ne doit pas être pris en compte comme critère de diagnostic car elle peut signifier d’autres pathologies, elle ne sert qu’à informer sur la sévérité de la dénutrition.
Les idées reçues
. La dénutrition ne sévit pas dans des payse comme la France : FAUX
. La dénutrition ne touche que les personnes âgées : FAUX. Elle touche 4 à 10% des personnes âgées à domicile et 15 à 18% en EHPAD. Quant à l’hôpital, on recense 10% des enfants, 20 à 40% des patients et 50% des personnes âgées en situation de dénutrition.
. Maigrir de façon involontaire est normal : FAUX et cela quelque soit le poids initial, un problème de santé y est forcément associé.
. La dénutrition ne concerne pas les personnes obèses ou en surpoids : FAUX.
. La dénutrition est incompatible avec tous types d’activité physique : FAUX. L’activité physique adaptée permet de limiter la perte de masse musculaire et favorise la guérison.
. La dénutrition et la malnutrition, c’est pareil : FAUX. La malnutrition c’est une alimentation déséquilibrée, trop riche, pas assez diversifié. La dénutrition c’est manger trop peu et maigrir.
. Les personnes âgées ont besoin de moins de protéines : FAUX. Leurs besoins sont augmentés pour maintenir leur masse musculaire.
Comment lutter contre la dénutrition
. Bien boire : 1,5L au minimum par jour : eau, thé, café, tisane, bouillon, lait, soupe, jus de fruits… Buvez des petites quantités régulièrement tout au long de la journée sans attendre d’avoir soif.
. Avoir une alimentation variée et équilibrée : 3 repas et des collations (matin, après-midi, soirée), privilégiez des aliments riches en protéines (viande, oeuf, poisson, produits laitiers, céréales complètes). Pour vous aider, téléchargez : Votre Mémo nutrition. Concernant les proportions vous pouvez vous référer à l’article suivant : Quelles portions mettre dans votre assiette ? Partie 1 et Partie 2.
. Se faire plaisir, il n’y a pas d’interdits. Si à cause de votre régime sans sucre, sans sel, anti-cholestérol, vous perdez de l’appétit, parlez-en à votre médecin, infirmière ou diététicien.
. Prendre soin de sa bouche : pour prendre plaisir à manger vos dents doivent-être en bonne santé, lavez-les deux fois par jour. Si votre dentier vous dérange parlez-en à votre médecin.
. Bouger : au quotidien, le plus souvent possible en adaptant vos activités à vos capacités. Quelques exemples :
- Endurance 30 min, 5x/semaine : marche rapide, marche nordique, jogging, montée et descente d’escalier, faire ses commissions à pied, bricolage, ménage, jardinage, vélo (d’appartement ou en extérieur), natation, danse, gym…
- Souplesse 30 min, 2x/semaine : travaux ménagers, jardinage, pétanque, Taï-chi, yoga, Pilates, danse, gym, étirements…
- Renforcement musculaire 30 min, 2 à 3x/semaine : marche rapide, marche nordique, montée et descente d’escalier, bricolage, jardinage, vélo, natation, danse aquagym, gym…
- Equilibre, 2x/semaine, surtout après 65 ans : jardinage, pétanque, vélo, trottinette, marche sur la pointe des pieds, marche sur les talons, Taï-Chi, yoga, gym, danse, ateliers équilibre, proprioception chez le kinésithérapeute…
. Surveiller certains points d’alerte : si vous perdez du poids, si vous flottez dans vos vêtements, si vous devez resserrer votre ceinture, si votre frigo est vide ou que les restes s’y accumulent… Soyez vigilants rapidement et parlez-en à votre médecin.
. Manger sans couverts : en cas de difficultés motrices, n’hésitez pas à manger avec les doigts pour retrouver de l’autonomie et le plaisir de manger.
Comment enrichir son alimentation
Dans un premier temps le plus important sera d’enrichir l’alimentation via des protéines et des calories, sans augmenter le volume des repas. Ci dessous quelques solutions d’enrichissement naturel à ajouter dans les plats (soupe, purée, crudité, gratin, béchamel, dessert…) et/ou à consommer lors des collations :
Pour enrichir votre alimentation suivez les conseils suivants :
- Privilégier les aliments riches en protéines de bonne qualité : viande, poisson, oeuf, produit laitier, légumes secs et céréales complètes.
- Faites des plats en sauce, sous forme de quiche, en soufflés…
- Ajoutez des protéines de qualité à tous les repas, même aux collations et au petit-déjeuner : lait, fromage, fromage blanc, skyr, flan, clafoutis, riz au lait, gâteau de semoule, far aux pruneaux, gratin de fruits…
- Utilisez de la poudre de lait pour enrichir vos plats en protéines : dans la soupe, dans les yaourts, les fromages blancs, les sauces…
- Au petit-déjeuner ou lors de vos collations : ajoutez du miel ou du sirop d’érable et/ou de la poudre de lait dans votre boisson chaude, choisissez des fruits comme la banane, réalisez des milk-shakes aromatisés au chocolat ou des smoothies enrichies en lait ou en yaourt, rajoutez un produit laitier (skyr, faisselle, fromage blanc, petit-suisse) en y ajoutant des fruits secs, des amandes, de la crème de marron, de la confiture…
Recettes
Purée enrichie : faites cuire à l’eau 150g de pomme de terre avec un mélange d’autres légumes (carottes, courgettes, panais, patates douce…). Une fois cuit, écrasez le tout et ajoutez du lait entier. Ajoutez un jaune d’oeuf, du fromage frais type Saint-Moret ou Carré frais ou Cottage cheese et 1 c.à.s de crème fraîche épaisse ou du beurre. Assaisonnez avec du sel, du poivre, des épices, des herbes à votre convenance puis servez en agrémentant de fromage râpé.
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